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Terrasser en zone inondable : ce que change le PPRI de l’Argens
·Guide pratique

Terrasser en zone inondable : ce que change le PPRI de l’Argens

L’Argens traverse une plaine large et plate, presque sans relief, où l’eau des grandes crues s’étale au lieu de se concentrer. C’est ce qui rend le secteur agréable à vivre et redoutable les années de gros épisode méditerranéen. Fréjus, Puget-sur-Argens, Le Muy et les communes voisines connaissent ce phénomène de longue date, et la réglementation qui en découle structure aujourd’hui la plupart des projets de terrassement de la basse plaine.

Beaucoup de propriétaires découvrent l’existence du plan de prévention des risques d’inondation au moment où ils veulent construire une piscine, créer une plateforme ou rehausser un terrain trop humide. Le sujet mérite d’être compris avant, parce qu’il ne modifie pas les détails d’un projet : il en détermine la faisabilité. Ce qui suit en explique les grands principes. Le document qui fait foi reste le règlement consultable en mairie, et lui seul.

Ce qu’est un plan de prévention des risques d’inondation

Un PPRI est une servitude d’utilité publique annexée au document d’urbanisme de la commune. Il ne dit pas si un terrain est constructible au sens du plan local d’urbanisme, il dit ce que le risque d’inondation interdit ou impose en plus. Les deux logiques se superposent : un terrain peut être en zone urbaine au PLU et rester très contraint par le PPRI.

Son contenu tient en trois éléments. Une carte de zonage qui découpe le territoire selon l’intensité de l’aléa et l’enjeu urbain. Un règlement qui énonce, zone par zone, ce qui est interdit, ce qui est admis sous conditions et ce qui est prescrit. Et une cote de référence, exprimée en mètres au-dessus du niveau de la mer, qui correspond au niveau atteint par la crue de référence retenue.

La logique générale est constante d’un PPRI à l’autre : plus l’aléa est fort, plus les possibilités se réduisent, et dans les champs d’expansion des crues encore peu urbanisés, la priorité va à la préservation du volume disponible pour l’eau. Ce n’est pas une précaution abstraite : chaque mètre cube retiré à la plaine se retrouve ailleurs, plus haut, chez quelqu’un d’autre.

Zonage et cote de référence, les deux chiffres qui comptent

Deux informations conditionnent un projet. La première est la couleur de la zone dans laquelle se situe la parcelle, qui dépend de la hauteur d’eau et de la vitesse du courant attendues. La seconde est la cote de référence au droit du terrain, comparée à l’altitude réelle du sol. Un terrain situé quarante centimètres sous la cote et un terrain situé dix centimètres au-dessus ne relèvent pas du même projet, même s’ils sont mitoyens.

L’altitude du sol ne se devine pas. Sur une plaine où cinquante centimètres de dénivelé se répartissent sur deux cents mètres, l’oeil ne sert à rien. Un levé topographique réalisé par un géomètre, rattaché au système de nivellement général, donne le chiffre exact. C’est la première dépense utile d’un projet en zone inondable, et souvent celle qui évite les plus grosses erreurs.

Pourquoi remblayer est souvent interdit

C’est la règle qui surprend le plus. Rehausser un terrain paraît le geste de bon sens par excellence : on met la maison plus haut, donc on la met à l’abri. À l’échelle d’une plaine, le raisonnement se retourne. Un remblai occupe un volume que l’eau remplissait auparavant. Cette eau ne disparaît pas, elle monte davantage ailleurs ou s’écoule plus vite. Multiplié par tous les terrains d’un secteur, l’effet cumulé devient considérable.

Dans les champs d’expansion des crues, les règlements interdisent donc généralement les remblais, sauf ceux strictement nécessaires à un ouvrage autorisé. Ailleurs, ils peuvent être admis à condition d’être compensés : tout volume soustrait à la zone inondable doit être restitué par un déblai équivalent, souvent à la même cote. Cette compensation se calcule et se justifie dans le dossier d’urbanisme, elle ne se négocie pas sur le chantier.

La conséquence pratique est directe sur le remblai et déblai d’un projet : au lieu d’étaler les terres sorties d’une fouille, il faut parfois les évacuer entièrement, et créer en plus une zone creusée. Le bilan des terres change du tout au tout, et le budget avec lui.

Tranchée profonde ouverte dans une terre ocre
En plaine alluviale, la nappe se rencontre souvent à faible profondeur.

Cote de plancher et transparence hydraulique

Quand une construction est admise, le règlement impose généralement une cote de plancher : le niveau fini du premier plancher habitable doit se situer au-dessus de la cote de référence, souvent avec une marge de sécurité. On l’atteint par un vide sanitaire ventilé, par des pieux ou par un socle, rarement par un remblai généralisé. Cette contrainte se répercute directement sur la plateforme de maison neuve et sur les fouilles de fondations.

L’autre notion à connaître est la transparence hydraulique. En crue, l’eau circule au ras du sol et emporte tout ce qui flotte. Un mur plein, un muret de soutènement mal placé, une clôture à panneaux occultants forment un barrage qui dévie le courant, crée des remous et finit par céder d’un coup. Les règlements demandent donc des clôtures ajourées, sans soubassement plein au-delà d’une faible hauteur, laissant passer l’eau et les corps flottants.

  • Clôtures ajourées plutôt que murs pleins, avec soubassement limité
  • Aucun stockage de matériaux flottants en zone submersible
  • Locaux techniques et tableaux électriques placés au-dessus de la cote
  • Cuves et citernes ancrées pour résister à la poussée d’Archimède
  • Accès pensés pour rester praticables et ne pas canaliser le courant
  • Vide sanitaire ventilé plutôt que remblai généralisé

Ce que cela change pour une piscine

Une piscine en zone inondable n’est pas systématiquement interdite, mais elle est encadrée. Le bassin lui-même crée un volume creux, ce qui n’est pas gênant du point de vue hydraulique. Ce qui pose problème, ce sont les aménagements périphériques : la plage surélevée, le mur de clôture, le local technique en surface, les terres de fouille étalées autour du bassin.

Les prescriptions habituelles portent sur la matérialisation du bassin, pour qu’il reste visible quand le terrain est sous l’eau, sur l’arasement de la margelle au niveau du terrain naturel, sur l’ancrage du local technique et sur le fait de ne pas créer de remblai autour. Une coque, plus légère, peut par ailleurs subir une poussée verticale importante si la nappe remonte alors que le bassin est vide. Ces points se vérifient au cas par cas avant d’engager un terrassement de piscine.

Assainissement et gestion de l’eau

Un assainissement autonome en zone inondable cumule deux difficultés. La première est la submersion : une fosse vide qui se retrouve dans une nappe remontée peut se soulever, une micro-station peut voir son fonctionnement interrompu, et un ouvrage non étanche se remplit d’eau claire. La seconde est la perméabilité : les sols de plaine alluviale, souvent limoneux et saturés une partie de l’année, se prêtent mal à l’infiltration classique.

Le SPANC et l’étude de filière tranchent ces situations. Selon le résultat, on s’oriente vers un dispositif ancré, vers un lit filtrant drainé avec rejet, ou vers un tertre d’infiltration surelevé, chaque solution devant rester compatible avec le règlement du PPRI. C’est typiquement le cas où l’étude de filière n’est pas une formalité mais la seule manière de choisir juste.

Même logique pour les eaux de pluie. Rendre un terrain étanche avec une grande terrasse, une allée bétonnée et un parking augmente le ruissellement au moment où il faudrait le retarder. Les règlements imposent souvent une rétention ou une infiltration à la parcelle, dimensionnée sur la surface imperméabilisée créée, ce qui rejoint le travail habituel d’évacuation des eaux pluviales.

Un dernier conseil, valable partout dans la basse plaine : commencer par la mairie. Le certificat d’urbanisme, le zonage et le règlement coûtent une demi-journée et cadrent tout le reste. Un projet dessiné avant cette étape se redessine presque toujours.

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